Du chômage vers le plus splendide des jardins en permaculture

Source : Agoravox

Né de l’envie de nouer des contacts directs avec des personnes entreprenantes, novatrices et collaborant avec la nature, Cycloasis est le projet pour lequel Ans, l’auteur de ce texte, a pris un congé sabbatique. Rencontré sur le web, Ans s’est rapprochée d’autres voyageurs en transition pour partager ses rencontres en Français.

Ce fut en fait lors du voyage Cycloasis que plusieurs français me signalèrent cet étonnant projet situé en Belgique, à Mouscron. Une ancienne ville industrielle près de la frontière française, pas très loin.

 

De retour en Belgique j’étais curieuse, et visitais donc cet extraordinaire exemple de comment un simple jardin peut devenir à ce point productif, et avec cependant si peu [d’externalités négatives] ! Gilbert et Josine, désormais retraités, s’en occupent depuis plus de 35 ans. Ce fut en fait le chômage qui a tout changé.

Comme des milliers d’autres ouvriers de cette ancienne région industrielle, Gilbert fut licencié dans les années 1970, et cherchait à exercer une activité et un moyen de joindre les deux bouts. Et faire pousser sa propre nourriture est un moyen de reprendre les choses en main et de créer de l’autonomie, comme je l’ai appris de Pierre Rahbi, des Baronnets, et de tant d’autres au cours du parcours de Cycloasis. Bientôt le jardinage devint une véritable passion pour le couple. Josine et Gilbert, qui s’étaient aupara

vant engagés en tant que volontaires dans des projets en Amérique du Sud, créèrent l’association « Les Fraternités Ouvrières ». Cette association est en fait un prolongement de leur travail et de leurs activités sociales qui visaient à permettre à chacun l’accès à une nourriture saine et diversifiée, tout en rendant les gens moins dépendants. L’idée est que la nourriture biologique n’est pas un luxe accessible seulement aux riches. Une nourriture saine, colorée, goûteuse, ayant poussé de façon écologique, est un droit pour chacun. Solidarité, équité et écologie forment le noyau du travail de ces volontaires des Fraternités Ouvrières.

La permaculture attire les premiers volontaires, hommes puis femmes

Une magnifique preuve qu’une production alimentaire de qualité peut prendre place n’importe où, y compris au beau milieu d’une ville dans seulement 1800 mètres carrés ! En plus du projet dans leur propre jardin, le groupe a récemment débuté, sur un terrain proche, un potager de 6500 mètres carrés avec six familles (12 à 15 personnes) pratiquant également la permaculture.

Josine m’a expliqué que leur projet de jardin a évolué en fonction du progrès des connaissances en éco-jardinage. Au tout début c’était un groupe de 15 hommes qui s’impliquait dans le jardin. C’était à l’époque où le jardinage consistait encore à creuser et labourer. Du travail de force, en accord avec l’état des connaissances d’alors. Alors, dit-elle avec un pétillement dans les yeux, « lorsque nous avons appris la permaculture, qui revient à remuer et interférer avec le sol aussi peu que nécessaire, les femmes aussi devinrent intéressées et actives ».

Ne faites pas ce que disent les livres !

Le volontaire qui nous guide répond souvent avec un sourire lorsque les visiteurs font référence à ce qui est écrit dans les livres et demandent comment c’est appliqué ici. Il répond alors : « Vous avez raison, mais Gilbert souvent ne fait pas ce qui est écrit dans les livres ! »

1. Le jardin dans son ensemble est basé sur le principe de la non rotation des cultures. Entre les arbres il y a de la place pour une énorme quantité de légumes, herbes, plantes aromatiques, etc., qui se suivent les unes les autres dans des cycles logiques de cultures d’été et d’hiver. Le sol n’est pas retourné. De même dans une serre où poussent tomates, patates et aubergines, ces cultures se portent en fait mieux sans rotation, contrairement à ce qui est souvent dit. Parmi ce qu’ils ne font pas non plus, couper les branches des plants de tomates

2. Les arbres fruitiers sont taillés en pleine saison, encore porteurs de toutes leurs feuilles, entre l’été et septembre. Il y a plusieurs avantages à procéder ainsi. Premièrement vous voyez quel est le plant que vous coupez, ce qui est plus difficile en hiver lorsque les feuilles sont tombées ! Deuxièmement, pour réduire l’effet des premiers pucerons qui arrivent en été, formant des taches de miellat sur les feuilles. Ceci évite également que les arbres grandissent trop et utilisent l’énergie pour leur propre croissance plutôt que pour produire des fruits. Troisièmement, une fois les plaies de coupe cicatrisées (ce qui se produit plus rapidement par temps chaud), elles ne retiennent pas seulement la sève des branches, [mais aussi modifient leur concentration d’un liquide plein d’azote vers quelque chose de plus solide]. Ce dernier état n’est pas apprécié des pucerons, qui vont mourir. Les arbres sont alors mieux protégés et pourront produire une grande quantité de fruits ! Les coupes de branches sont laissées comme fertilisant sur le sol.

Les secrets de cette riche jungle verte

Les premiers pas dans ce jardin produisent une impression écrasante – il s’agit d’une jungle verte ! La manière dont les choses y sont organisées ne doit rien au hasard. Sur l’extérieur du jardin des arbres fruitiers ont été plantés. Ils protègent les plantes du jardin intérieur du vent et de la pluie. Cela fait que ce jardin dense profite d’un micro-climat permettant à de nombreuses espèces différentes de pousser et de se protéger mutuellement des maladies, du vent, du froid, etc. En hiver la température est plus élevée de 3 à 5°C que la moyenne, et en été le jardin est légèrement plus frais et plus humide. Le sol, source de toute cette richesse, est non seulement mieux protégé, mais aussi évapore moins. Il n’y a donc pas besoin d’arrosage !

Le nombre de plantes différentes est incroyable – la biodiversité à son maximum dans un jardin citadin ! Pommes, poires, prunes, abricots, figues, cerises, raisin, kiwis, divers variétés de fruits rouges, toutes sortes de légumes, etc., poussent ici. Il y a aussi de la place pour un petit bassin qui attire des insectes et des grenouilles. En outre ils utilisent différents types de serres. L’une d’entre elles, particulièrement remarquable, est nommée “californienne”.

Les murs de verre sont construits au dessus d’un bassin d’eau, pouvant même contenir des poissons. Cette masse d’eau créée un micro-climat permettant un contrôle de la température, qui protège les graines semées dans les pots du froid en hiver, et les refroidit en été. La végétation extérieure est positionnée de façon à permettre au soleil d’entrer en hiver, et de recouvrir la serre en été.

La cerise sur le gâteau de toute l’agro-écologie !

 

Les chiffres stupéfiants de ce riche jardin forestier laisse n’importe qui sidéré. – 395 pommiers de 312 variétés différentes, – 81 pruniers de 69 variétés différentes, – 127 vignes dans 82 variétés, – 41 figuiers dans 35 variétés, – 82 espèces d’agrumes, – 50 espèces de framboisiers, – etc. etc. etc. Au total ont été planté plus de 2000 arbres et arbres fruitiers, de plus de 1300 variétés !

Partager un trésor de connaissances

Dès 1978 ils commencèrent à donner des cours sur le jardinage responsable. Le partage d’expériences est au cœur de ce couple amical et remarquable. Déjà 8000 personnes ont suivi ces cours. Ils organisent des ateliers sur le jardinage, la cuisine, la confection du pain, etc., ainsi que des cycles de conférences et des groupes de réflexion sur diverses questions sociétales. Au fil des années, presque chaque dimanche, les gens peuvent suivre des cours sur la permaculture. Chaque jeudi après-midi ils font porte ouverte (en réalité les portes ne sont jamais fermées !) et les gens peuvent visiter librement le jardin. Depuis l’année dernière ils ont reçu 2000 visiteurs, de différents pays. Cela montre l’intérêt croissant pour ce type de jardinage.

Cette maison contient un trésor de Vie – des GRAINES. Quatre murs recouverts jusqu’au plafond d’étagères supportent une énorme quantité de graines, rangées et dénombrées avec soin. La pièce contient les graines de 5000 variétés de légumes, céréales, fleurs, plantes aromatiques et médicinales, arbres fruitiers, et espèces anciennes. Les graines proviennent de jardiniers, d’associations, et d’autres collectionneurs d’Europe et au-delà ! Une sorte de petit Kokopelli. L’Association consiste aussi en un groupe de personnes achetant collectivement, nommé “groupe d’achat”, de façon à réduire le prix des différents produits agricoles et des outils nécessaires. Depuis 1980 ils ont plantés ensemble, avec à peu près 100 familles, environ 50.000 arbres fruitiers. Ce jardin est un magnifique exemple d’abondance, au sein d’un environnement citadin assez inattendu, qui lutte encore pour mettre un terme à sa précédente époque industrielle et au travail humain de “déforestation”. Ce jardin d’Eden dépasse toute imagination !

Vidéos

Regardez ces vidéos et voyez de vos propres yeux cette merveilleuse “jungle” verte de fruits, de légumes et de plantes aromatiques et médicinales !

Un documentaire par Notélé productions.

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Traduit de l’anglais par Thomas Locquet depuis Cycloasis .

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