Socialisme de l’offre

par Combat Républicain

Un spectre hante l’Elysée, celui de Ronald Reagan…Sans doute y croise-t-il le fantôme de Pierre Laval, président du Conseil en 1935 et promoteur d’un « choc de compétitivité » qui mit à bas l’économie française. En faisant sienne la théorie de l’offre lors de sa conférence de presse, même au nom du socialisme (!), François Hollande s’est inscrit en droite ligne dans la politique ouverte par les gouvernements Reagan et Thatcher dans les années 80, et dont le credo s’énumère en cadeaux fiscaux aux entreprises, coupes budgétaires, stimulation des marchés financiers…

Même si le chef de l’Etat s’en défend, il s’agit là « d’une vraie rupture dans l’histoire de la gauche, c’est la première fois qu’un leader socialiste dit aussi clairement qu’il faut mener une politique de l’offre», observe Gérard Grunberg, directeur de recherches à Sciences Po et spécialiste du PS. La veille de la conférence de presse, Le Monde avait déjà dressé le constat du tournant : « Six mois plus tard, les choix du président ne semblent pas obéir à la même logique intellectuelle que les promesses du candidat. Aujourd’hui, la finance est ménagée, la dépense publique est pourfendue et l’esprit d’entreprise est célébré. (…) Et c’est des entreprises, et non de l’Etat, qu’est attendu le salut en matière de lutte contre le chômage, érigée en ‘priorité’ de l’action gouvernementale ».

Justificatif de ce virage : le rapport Gallois, désignant, entre autres responsables de la perte de compétitivité de l’économie française, le coût du travail. Et la rémunération du capital ? L’Insee a établi que la part des salaires dans la valeur ajoutée a baissé de 10% dans les années 80, alors que celle des dividendes augmentait de 5 à 25% entre 1985 et 2011. Aujourd’hui, la part des salaires dans les richesses créées est plus faible qu’à la sortie de la guerre. En versements de dividendes, le capital coûte actuellement 120 milliards annuels de plus à l’économie qu’il y a 30 ans. Autant d’agent perdu pour l’investissement productif et la rémunération du travail. Mais de cette vérité fondamentale, M. Gallois ne pipe mot !

Le gouvernement Ayrault s’apprête donc à faire crédit de 20 milliards d’euros au patronat, un cadeau compensé par une hausse de la TVA et une baisse supplémentaire des dépenses publiques. A titre de comparaison, le recrutement de 200 000 personnes dans l’éducation nationale et les hôpitaux coûterait annuellement de 6 à 7 milliards. On est loin, bien loin, du discours du Bourget du candidat Hollande.

Où va le PS ? Le pari présidentiel est explicite : n’attendons pas deux ans pour prendre le tournant de la rigueur (souvenir de 1983), prenons le tout de suite et engrangeons en 2017 les bénéfices espérés du redressement économique. Mais c’est là que le bât blesse et que le pari s’avére suicidaire. Car sous l’effet des politiques d’austérité, l’Europe toute entière s’enfonce dans l’atonie productive, demain peut-être dans la récession. Même l’Allemagne est touchée par les conséquences de l’orientation qu’elle impose à l’UE ! En septembre, ses exportations ont baissé de 2, 5% en valeur. Economiste chez Natixis, Patrick Artus annonce que « l’Allemagne va aller très mal elle aussi », relevant « le poids [trop élevé] des exportations vers l’Europe, le soutien limité de la demande intérieure par les salaires réels(…), la politique budgétaire restrictive… » Rappelons à ceux qui vantent le modèle allemand que le nombre de travailleurs pauvres y est désormais le plus élevé en Europe (70% des chômeurs contre 33% en France).

Le vent de révolte qui balaie l’Europe du Sud apporte la meilleure réponse aux politiques « austéritaires » des gouvernements de l’UE, qu’ils soient conservateurs ou sociaux-libéraux. Les peuples ne sont pas

disposés à faire les frais de la crise provoquée par la finance : tel est le sens des manifestations gigantesques en Espagne, au Portugal et en Italie. Tel est le

sens aussi du vote exprimé par les Français en mai et juin derniers. A ne pas en tenir compte, Élysée- Matignon fait courir à la gauche le risque d’une

catastrophe politique et électorale. Car s’il est une règle d’or – démocratique celle-là – à inscrire dans la Constitution, c’est bien que tout gouvernement qui ne respecterait pas ses engagements ou n’atteindrait pas ses objectifs au bout de deux ans serait sanctionné par un retour aux urnes. De quoi réconcilier les citoyens avec la politique.

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