Philippe Corcuff et la réal-sociologie : nouvelle science humaine de l’omission

 sans-philo-choixPour mémoire et pour rappel…

           Dans une conférence sur « La profession et la vocation de politique » de 1919, Max Weber, distingue « éthique de conviction » (ou « éthique absolue ») et « éthique de responsabilité ». Selon Weber, « l’éthique absolue ne s’interroge précisément pas sur les « conséquences » », là où  « le devoir de vérité » y « est inconditionnel ». Á l’inverse, pour l’éthique de responsabilité, « on doit assumer les conséquences (prévisibles) de son action ». Ce qui sépare ces deux éthiques, c’est donc l’attention ou pas aux effets de ce qui est dit et fait

                   Philippe Corcuff – Médiapart… c’est ICI.

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           Il n’en fallait pas davantage pour que d’aucuns se précipitent et saisissent la balle au bond : après la realpolitik (1) voici donc la réal-sociologie (2)!

Merci Monsieur Weber !

Dorénavant, qu’on se le tienne pour dit : « Ce qui est… n’est pas… ou plus ! » Désormais, ce qui importe n’est pas ce qui est mais ce qui doit être même si dans le contexte qui est le nôtre aujourd’hui, on pourra légitimement soupçonner cet appel vibrant à la responsabilité de n’avoir qu’un souci : faire en sorte que celui qui le dise puisse continuer de prospérer socialement et professionnellement  : qu’il n’ait pas d’emmerdes !

Réal-sociologie donc… sociologie responsable qui, si elle n’en pense pas moins, taira la partie qui pense… et ce afin de conjurer les démons de la tentation d’un soi-disant fascisme toujours à l’affût… vieille lune d’un faux-gauchisme soucieux de ne pas faire le jeu d’un « tous pourris » dévastateur… et cela va sans dire mais mieux en le disant : sociologie de la soumission au moins-pensant et au moins-disant ; et comme un malheur n’arrive jamais seul… une sociologie  pusillanime et finalement complaisante à l’encontre tous les acteurs, hommes et institutions, d’une mondialisation sans scrupules (3), et ce au détriment de la vérité des conditions de vie de millions d’êtres humains qui, privés d’échappatoire, sont dans l’obligation d’assumer toute leur vie durant ce qu’on appelle « le principe de réalité »… le tout empaqueté dans  une sociologie d’Etat qui n’est qu’un gigantesque euphémisme car, si à mal nommer les choses c’est ajouter au malheur du monde, à ne plus rien nommer du tout ni personne, c’est sans aucun doute ajouter non seulement à l’incompréhension de ce même monde mais c’est aussi ajouter à toute la lâcheté dont un être humain est capable face à sa responsabilité vis-à-vis de ses frères humains qui, eux, triment dans des emplois sans avenir et sans âme et qui à terme auront raison de leur santé mentale et physique – sang versé par le travail au capital ; responsabilité a pour objet : qui fait quoi, où, à qui,  pourquoi, comment et pour le compte de qui.

Pareils à ces oiseaux dont on crève les yeux pour qu’ils chantent toute la journée,  jour et nuit… nuit qu’ils sont condamnés à ignorer pour toujours ainsi que le sommeil qui va avec, quel refrain nous demandera-t-on d’entonner ? L’Internationale ? Le chant des partisans ? Ou bien plutôt un « Réjouissez-vous bonnes gens ! Si c’était autrement, ce serait pire encore ! »

              Mais alors, aujourd’hui, où finit l’éthique de responsabilité et où commence, en sociologie comme dans d’autres disciplines (l’histoire ?), la quête d’une réussite sociale aux titres universitaires ronflants, aux postes prestigieux, aux invitations sans nombre dans les médias, aux publications estampillées « PUF » ou « Presses de sciences-po », sans oublier le « must » absolu : les grandes et prestigieuses écoles étasuniennes réservées aux fils de millionnaires ?

 

Ne déranger personne et surtout pas ceux qui ne vous pardonneront pas de les avoir sortis de l’ombre dans laquelle ils se complaisent à l’abri des regards indiscrets de leurs victimes qui se comptent par dizaines de millions…

En ce qui concerne le dernier né de cette réal- sociologie, nouvelle science humaine de l’omission, plus aucun doute n’est permis à propos d’un dénommé Philippe Corcuff adepte de cette sociologie dite « de responsabilité » : son éthique de conviction finit bien là où son éthique de responsabilité dont il recommande vivement la pratique, commence ; éthique qui cache mal le désir d’intégrer, en ce qui le concerne… passé le cap de la cinquantaine d’une bonne espérance qui ne cesse d’espérer en des jours meilleurs, voire… prospères, le gratin des discoureurs et des bavards médiatico-universitaires.

 

Car enfin… dites-moi dans le domaine de l’analyse critique quelles sont vos cibles et je vous dirai quel avenir social et professionnel vous convoitez !

Or, notre Corcuff, pour lequel toutes les critiques qui lui sont adressées sont systématiquement rangées dans la case « ressentiment »(4), a la fâcheuse habitude de prendre pour cibles les essayistes Michéa et Badiou, le mensuel Le Monde diplomatique, les dissidents qualifiés par les médias dominants de « conspirationnistes », Mélenchon et le FdG, les pourfendeurs de l’alliance PS-EELV, le péril fasciste savamment orchestré par le PS depuis trente ans ainsi que les anti-Européens du traité de Lisbonne, tous autant qu’ils sont… grands exploiteurs du monde salarié – cela ne nous aura pas échappé ! -, suppôts haïssables et acteurs d’une idéologie du profit et de la guerre des salaires, tête-pensante d’un marché mondialisé triomphant qui aura bientôt tout emporté : Etats, démocratie, nations, peuples, liberté, indépendance ; des milliards d’êtres humains livrés à la logique d’un monde économique, un monde sans morale et sans esprit autre que mercantile et qui, à terme, n’habiteront plus aucun monde.

 

Et comme un fait exprès, l’attaque de ces cibles – tous les Corcuff d’une prétention intellectualisante le savent -, sont la condition sinéquanone pour quiconque souhaite s’intégrer dans le paysage  intellectuel et médiatique, comme, par exemple, voir ses « papiers » acceptés par Libé et le Monde, hauts lieux de la dissidence et de la critique d’une mondialisation sans honneur ni justice comme chacun sait… tentation auquelle notre Corcuff de référence résiste rarement.

 

Car enfin, dites-moi quels  lecteurs vous cherchez à toucher et je vous dirai quelle conscience pénétrante accompagne chacune de vos publications.

                    Ramasse-miettes d’un système qui n’a qu’une seule exigence, la soumission, en péripatéticienne d’une réalité aux fesses écartées, pour une meilleure exposition, orifice grand ouvert, sociologie buccale aussi… et quand elle avale… alors là… mon Dieu, là ! Cette réal-sociologie ne connaît pas de repos : on la sollicite jour et nuit, dimanches et fêtes…

Un temps au NPA, aujourd’hui membre de la fédération anarchiste, notre Corcuff maintenant emblématique se dit «  libertaire » ; autant dire que cet individu qui n’a de cesse de singer ses pairs  – « monkey see, monkey do » -, leur syntaxe et leur vocabulaire indigent et désincarné, a  fini comme tant d’autres, par botter en touche avant d’aller à la pêche à la ligne, maintenant inoffensif, voire… anecdotique et trivial, tout en mettant dans le mille socialement : en effet, rien n’est plus sympathique qu’un libertaire même et surtout anarchisant, il suffit de penser à la popularité d’un Brassens (le penseur Michel Clouscard a dit pas mal de choses à ce sujet).

 

Pour tous les Corcuff de la planète « Je pense donc je suis », la Banque et les marchands de canons donc (rapport à leurs publications dans la presse) ; et en ce qui concerne notre Philippe Corcuff en particulier, la philosophie de comptoir d’un Onfray dont il se dit proche ainsi qu’un soutien inconditionnel, servile et béat en tant qu’abonné passe-plats au journal Médiapart qui, certes, n’a pas que des défauts et dont la vocation première consiste à nous éclairer sur les frasques d’une partie de notre classe politique et économique comme autant d’os qui lui sont donnés à ronger – mais que voulez-vous, personne ne choisit ses informateurs sans lesquels rien n’est possible pour les journalistes comme pour les flics -, car pour le reste : les analyses économiques et géopolitiques de ce journal en sont encore à un stade embryonnaire, et dans le meilleur des cas : stade infantile.

corcuff,réalsociologie,realsociologie,sociologie,mondialisation,politique,économie,uleski,actualité,justice,société,connivence,soumission,dominationLà encore, les fondateurs connaissant très bien les règles du jeu pour s’y être mille fois prêtés dans une autre vie, ce journal sait mieux que personne jusqu’où ne pas aller trop loin, un peu à l’image de sa groupie qu’est Philippe Corcuff et avec lui tous les Corcuff membres d’un lumpenprolétariat-intellectuel tâcheron d’une sociologie croupion et absconse à dessein ; en effet, leurs analyses et publications à tous n’ont qu’une seule raison d’être : la carrière, la carrière, la carrière, encore et toujours la carrière… une carrière en forme de trou de balle pour une intellectualité de mange-petit et de schtroumpfs au service d’une organisation de l’existence qui ne récompense que la soumission même et surtout libertaire et anarchisante.

               Mais alors… qui demain, dans une sociologie sans compromis ni compromission, acceptera  de se coltiner le réel, lieu de tous les risques, de tous les dangers et parfois aussi, lieu de tous les interdits et tous les refus, là où l’on ne vous remettra aucun palme pour l’avoir fait, là où il n’y a que des coups à prendre et là aussi où tous les coups sont permis de la part des détracteurs d’une lecture vertigineuse du réel.

                 Qui donc trouera la peau et le cul de ce réel-là ? Car… tout ce que nous voulons c’est la vérité… toute la vérité… oui ! La vérité bien en face ! La vérité… rien que la vérité de marchands du temple cannibales et voraces, négriers de leur état, barbares hautement civilisés… porteurs d’une seule destination : l’acheminement de nos dernières illusions de résistants jusqu’à l’abattoir d’une mondialisation sans honneur ; et une seule promesse : un monde sans justice, un monde sans hauteur ni profondeur, un monde insortable et inhabitable, un monde cadenassé pour leur seul profit de marchands de malheur.

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1Tout ce qui ne nous sera pas accordé d’espérer ni de vivre et que l’on n’arrachera pas non plus à une organisation de l’existence dont le contrôle nous échappe pour le plus grand bonheur d’une oligarchie mondiale vorace qui n’en a jamais assez de notre sueur, de nos  larmes et de notre sang.

2 – Réal-sociologie : copyright Serge ULESKI, le 6 Août 2013 : tout ce qui ne nous sera pas accordé de connaître et de comprendre et qu’on ne pourra pas non plus exiger de la sociologie rebaptisée pour l’occasion : science de l’omission.

3 – On a caché les crimes staliniens et les conditions de vie en URSS à une classe ouvrière qui votait communiste… pour « ne pas désespérer Billancourt« , aujourd’hui, aux sociologues, il est fortement conseillé de cacher un fascisme taillé sur mesure et dans le marbre, jour après jour, nation après nation, culture après culture, être humain les uns après les autres… à savoir, le fascisme d’une mondialisation soutenue par toute la classe politique du PS à l’UMP en passant par les centristes et les Verts ; une mondialisation contrôlée par les multinationales et la pègre ; un fascisme loi d’airain du fric et du pilonnage permanent des humbles et des relégués au nom d’une justice sociale emballée dans les cartons d’une science économique sans visage, sans morale et sans honneur ; loi qui ordonne la fin des toutes les controverses et de tous les débats.

Il est vrai que les historiens, eux, n’ont pas attendu les sociologues pour pratiquer cette éthique dite « de responsabilité » qui n’est dans les faits, et là encore, qu’une porte ouverte au mensonge par omission car l’Histoire, ce punching ball qui permet d’éliminer la mauvaise graisse des Nations – en effet, on se sent tellement plus léger après, aérien presque…. quand à son passé -, c’est la guerre et c’est aussi la lutte des classes.

4 –  Dites-moi où vous placez le ressentiment et je vous dirai si oui ou non vous avez déjà commencé de vous vautrer dans une éthique de responsabilité qui n’est dans les faits que de l’arrivisme sociale et professionnelle.

Et à ce sujet, on ne questionnera sans doute jamais assez comment en trente ans on est passé de la critique légitime et reconnue comme salutaire, une critique au service de la justice sociale, à ce qu’il est maintenant convenu d’appeler  «  le ressentiment » pour disqualifier toute analyse critique de ces mêmes rapports sociaux ? Détournement pratiquée en priorité par cette « gauche » qui toujours trahit et par ses pique-assiettes.

Et puis ceci encore : comment Nietzsche, penseur profondément et essentiellement anti-politique, voire a-politique, a-t-il pu servir de référence et point d’appui dans ce domaine ?

Concomitance troublante, on ne manquera pas de noter que ce détournement concerne aussi le terme « conspirationniste » pour discréditer toutes les tentatives d’investigations d’une réalité que l’on voudrait nous cacher.

Ressentiment contre justice sociale, conspiration paranoïaque contre investigation… la boucle est maintenant bel et bien bouclée. A quelle fin ? Devinez !


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