Le pétrole baisse, tous aux abris

baisse-cours-du-petroleSi la baisse du prix du pétrole ne s’accompagnait de dangers, supérieurs à la crise de 2008, ce serait une bonne affaire. Hélas, ces dangers sont redoutables et bien réels.

On s’est longtemps demandé pourquoi ça baissait. Bien sûr, ça baisse automatiquement quand la production excède la demande et que les producteurs ne la réduisent pas. Mais le ministre Saoudien a finalement mangé le morceau ce matin. Les Saoudiens, dont le coût de production est seulement de 4 à 5 dollars le baril, veulent tuer leurs concurrents, pétrole de schiste aux US, et pétrole bitumineux au Canada, ces méthodes ayant un prix de revient bien supérieur de l’ordre de 50 à 70$ le baril. Le prix de marché s’établissant à environ 55$ et les Saoudiens prétendant qu’un prix de 20 à 50 dollars ne les dérangerait nullement, on peut s’attendre au delà d’Avril 2015 si ça perdure à deux conséquences funestes. Sans aucune exagération.

La première concerne le pétrole de schiste, financé par 1 400 milliards de dollars avec des obligations à haut rendement (high yield bonds). Avec les prix actuels les producteurs ne trouveront plus de financement d’ici 3 mois quand les contrats en cours arriveront à maturité. Et ils seront incapables de payer les coupons (intérêts) à 7% et plus ni même de rembourser le capital à maturité. Ils vont faire défaut, ce qui équivaut à Lehman Brothers de 2008 en pire, qui avait déclenché une crise mondiale.

Pire ! Les CDO, dérivés entre banques sur le prix de base du pétrole, sont estimés à 3 900 milliards de dollars. Ils se déclenchent lors du renouvellement des contrats en Avril 2015 pour un prix du pétrole inférieur à 70$. Cette catastrophe financière potentielle se rajoute au problème évoqué plus haut des obligations à haut rendement. Plus de 5 Trillions (5,000 milliards de dollars) sont à risque à cause du pétrole, soit 5 fois Lehman Brothers de 2008. La crise de 2008 cinq fois, excusez du peu. Ça nous apporterait une crise systémique, un « black swan ». Ce terme est employé pour des évènements calamiteux totalement hors des modèles de la prédiction.

Ne croyez pas que je crie au loup. Ces chiffres sont tout aussi réels que la menace. J’ajoute humblement que c’est ma compétence, ayant négocié en bourse en qualité d’experts en investissements lourds pour des clients importants Canadiens pendant de nombreuses années et maniant au quotidien la gestion du risque par dérivés et CDO. Ceux qui connaissent les marchés comme moi comprendront l’ampleur du désastre potentiel.

On voit que si le prix du pétrole sera bon pour l’économie, il la fera surtout capoter. Souhaitons que les Saoudiens baissent leur production, faisant remonter les prix entre 70 et 90$. Tant pis pour l’essence à la pompe, mais ce ne sera pas de là que la crise systémique viendrait.

Algarath

email

Laissez un commentaire

 

La modération des commentaires est activée. Votre commentaire peut prendre un certain temps avant d'apparaître.