Le Téléthon : un instrument de pilotage inefficace de la recherche biomédicale

Par : SNTRS-CGT

DC16166D-C3CB-407B-A151-36B18C53738A.image_400La recherche biomédicale a pour finalité de comprendre les mécanismes du vivant afin de déterminer l’origine des processus pathologiques et d’améliorer la santé humaine. Tous les progrès thérapeutiques s’appuient sur les connaissances générées par la recherche fondamentale qui, pour être efficace, ne doit pas être bornée par des objectifs fixés d’avance. L’idée que l’assujettissement de la recherche fondamentale aux besoins du monde hospitalo-universitaire permettra de mieux soigner est une illusion.

La recherche publique subit l’austérité, le pilotage la précarité. Les budgets récurrents des laboratoires et le nombre de postes sont en régression constante. L’Inserm a perdu 43 postes de chercheurs depuis 2008/9 et le CNRS 326 postes de chercheurs et 313 postes d’ingénieurs et techniciens. Les 50 milliards d’économie de la dépense publique pour financer le pacte de responsabilité plonge le CNRS et l’Inserm dans la récession. Pour les trois prochaines années, ces organismes devront réduire le nombre de laboratoires et leurs personnels pour tenir leur budget. Conséquence, de nombreuses disciplines vont disparaître. Ce qui va renforcer la politique des créneaux finalisés. L’austérité est pour le pouvoir politique le moyen de piloter les recherches en forçant les laboratoires à répondre aux appels d’offre dont la quasi-totalité est finalisée. Ces appels d’offre sont profilés en fonction des résultats escomptés et non des enjeux scientifiques.
Le Téléthon est aux antipodes de la démarche scientifique faite de questionnement et d’humilité. Parce que le Téléthon est une machine à cash, il cible les pathologies susceptibles de mieux sensibiliser les éventuels donateurs, notamment celles touchant les enfants, et promettre ce que la recherche ne peut garantir à moins de perdre son âme : guérir. Ce n’est pas son rôle c’est celui des médecins cliniciens. Promettre chaque année le graal ; la guérison à condition de donner de l’argent relève de la malhonnêteté intellectuelle. La thérapie génique et la thérapie cellulaire ont été présentées successivement par les concepteurs du Téléthon comme les approches déterminantes conduisant à la guérison. Le bilan est à mille lieux des promesses.
De quels résultats, le Téléthon peut il se prévaloir pour justifier son existence ? Quelle est son efficacité si nous mettons en regard les sommes collectées avec les promesses faites et les résultats obtenus. Les résultats prometteurs régulièrement mis en avant n’ont jusqu’à maintenant jamais été confirmés.
Le Téléthon souffre d’un défaut rédhibitoire, celui d’une vision réductrice et finalisée de la recherche qui est d’ailleurs celle du gouvernement actuel comme des précédents. Il suffirait de mettre de l’argent et du personnel sur une pathologie pour obtenir des résultats. Les solutions thérapeutiques pour guérir d’une pathologie viennent de l’ensemble des recherches sur le vivant. Financer les recherches sur les seuls aspects des retombées thérapeutiques aboutit dans un climat d’austérité budgétaire à l’assèchement des disciplines. Ce qui s’oppose aux buts proclamés du Téléthon.
Le Téléthon est inefficace pour une autre raison : il est générateur de travail précaire. Les financements récoltés servent à rémunérer des CDD qui ne sont pas destinés à être recrutés pour la quasi-totalité d’entre eux ni à l’Inserm ni au CNRS ni dans les universités. Ils sont invités à l’échéance de leur contrat à s’inscrire à pôle emploi. La précarité endémique (plus de 40% de la force de travail de l’Inserm) s’oppose à la continuité des recherches et déstabilise les collectifs de travail.
Il est en outre particulièrement scandaleux de financer la recherche biomédicale en faisant appel aux dons (Sidaction, Virades de l’espoir, Neurodon, Pasteurdon, Téléthon, etc…) en particulier dans cette période d’austérité pour les salariés et de donner 130 millions d’euro au titre du crédit d’impôt recherche à Sanofi. Cette entreprise a réalisé plus de 6 milliards d’euros de profit ce qui ne l’a pas empêché de licencier plus de 3000 salariés. Depuis 4 ans elle n’a pas embauché un seul chercheur.
Villejuif, le 3 décembre 2014

email

Laissez un commentaire

 

La modération des commentaires est activée. Votre commentaire peut prendre un certain temps avant d'apparaître.