Le “virage” libéral de Hollande : en fait une vieille ligne droite

49Les médias de masse, dans leur rôle fidèle de nous enfumer ce qu’ils font consciencieusement avec succès, du moins pour la majorité d’entre nous, se sont bien gardés avant l’élection de François Hollande de nous éclairer sur sa longue histoire de libéral convaincu. Il aurait pris selon eux le virage récemment, ce qui a amené la présence de Macron au ministère de l’économie et a justifié les risettes scandaleuses au patronat avec un Gattaz du Medef qui en veut toujours plus et le réclame de façon indécente et honteuse. Pareil pour le PS, qui a toujours surfé sur son image sociale de combattant du libéralisme. Tout ça c’est de l’esbroufe comme le démontre notamment l’excellent livre de Sophie Coignard et Romain Gubert « La caste cannibale ». Ces deux journalistes d’investigation sans idéologie biaisée ont réalisé une étude remarquable sur la folie du capitalisme fou et les conversions au libéralisme débridé d’une bonne partie de la gauche française. Je leur emprunte certaines de leurs réflexions, contrairement à mon habitude, auxquelles j’ajoute les miennes. Ça vaut son pesant de cacahuètes et démonte la manipulation d’un Président expert dans cet art de la dissimulation.

La Caste cannibale – Sophie Coignard et Romain Gubert

On voit au fil des pages de ce livre une photo de 1992, il y a plus de 30 ans, où Jouyet, Le Drian et Hollande encadrent Jacques Delors, chantre de la social-démocratie moderne et apôtre de la religion néolibérale, avec un jeune François Hollande encore svelte et poupin. Les socio-démocrates en Europe de l’époque se sont convertis au credo de la libre entreprise de Milton Fridman, tout en surfant sur une idée abandonnée du socialisme de défendre les classes laborieuses. Les vœux récents du Président de la République en faveur d’un allègement tous azimuts des charges patronales, de la dépense publique et de la fiscalité ne font que confirmer que la doxa actuelle est confirmée ; il s’agit d’aller vers le libéralisme fou et les inégalités imposées, renforcées et au détriment des plus petits et de la classe moyenne.

Selon ces hommes supposément de gauche, les inégalités sont inévitables et souhaitables, comme le claironne le grand banquier Philippe Lagayette qui a été directeur du cabinet de Jacques Delors au ministère de l’Economie et des Finances dès 1981, dans la période des grandes avancées sociales. En avance sur le dessein réel de ces manipulateurs rusés, il s’épanche sur la question et je ne rapporte pas ses propos parfaitement scandaleux. Il fut nommé par Mitterrand à des postes éminents, directeur général de la Caisse des Dépôts, le bras financier de l’État, entre 1992 et 1997. Pascal Lamy, autre copain de Hollande, travaillait lui au cabinet de Jacques Delors sous les ordres de Philippe Lagayette. Une belle brochette !

« Le processus de globalisation financière durant les trois dernières décennies a été étudié par l’universitaire américain Rawi Abdelal, professeur à Harvard. Il a fait une découverte surprenante. Contrairement à ce qu’il pensait, les bases institutionnelles de la mondialisation financière n’ont absolument pas été conçues par des idéologues américains. Ce sont au contraire des Français, des hommes proches de l’administration et de surcroît marqués à gauche, qui ont sciemment accéléré le processus. Entre 1985 et 1995 : Henri Chavranski à l’OCDE, Jacques Delors à la Commission européenne et Michel Camdessus au FMI ». À ces postes clés, au même moment, ils ont joué un rôle considérable dans la libéralisation et la mondialisation des échanges financiers. Ce sont donc des Français qui sont à blâmer et les Américains n’ont fait que suivre. La cabale mène la danse et impose ses idées.

Lagayette et Lamy se retrouvèrent à partir de 1992 au sein du club Témoin, animé par un certain François Hollande. Venu du syndicalisme, Delors est le seul à pouvoir faire cette révolution libérale dont la France selon eux a besoin, à rompre avec le keynésianisme sans brusquer la société. Avec la monnaie unique qu’il est en train de concevoir à la demande de Mitterrand et de Kohl, il se situe au-dessus de la mêlée et recueille respect et accords du bon peuple. Outre Hollande, Lamy et Lagayette, on trouve notamment dans ce groupe Ségolène Royal, Jean-Yves Le Drian, ainsi que Jean-Pierre Jouyet, ancien de la promotion Voltaire qui est aussi un intime du futur Président. Vous noterez que ces gens-là sont dans le gouvernement actuel.

Ils lancent à l’époque également la revue des clubs Témoin, où tout transparaît sans équivoque. Lorsqu’il écrivait des billets économiques dans “Le Matin de Paris” à la fin des années 1980, Hollande s’était déjà autorisé quelques phrases intéressantes, trahissant qui il était vraiment. Il avouait préférer “la social-démocratie d’après crise” à “l’État-providence de la prospérité”, clamait que “le système français ne diffère plus du modèle américain ou britannique” et défendait l’idée que “la contrainte extérieure décide de tout” et que “la politique économique est désormais l’art d’accommoder les restes”. Et on dira avec ça qu’Hollande est un socialiste bon teint, ayant le souci des moins nantis.

Il en est de même de l’énarque et polytechnicienne Karine Berger et quand, lors de son premier grand meeting, au Bourget, en janvier 2012, François Hollande a déclaré : “Mon véritable adversaire, c’est le monde de la finance”, c’était elle qui était derrière. Elle a été élue à l’Assemblée et s’est pris désormais la grosse tête. Lisez sur Tweeter les moqueries des internautes. Ses amis, les anciens du ministère où elle œuvrait alors ont murmuré à l’oreille des grands directeurs de Bercy. En quelques mois, ils ont réussi à convaincre Pierre Moscovici que l’essentiel de leurs activités bancaires – les produits dérivés, la spéculation sur les dettes souveraines, etc. – étaient “utiles à l’économie” et donc ne devaient pas se retrouver dans le champ de la loi d’où une parfaite impunité et un encouragement même. Elle a donné après l’élection de Hollande interview sur interview pour expliquer que la loi bancaire concoctée, mais complètement dénaturée et d’une portée anecdotique, est formidable et va changer le monde alors qu’elle s’est fait expliquer trop tard par Frédéric Oudéa que ça ne toucherait que 2% des activités bancaires et que les banquiers s’en moquaient éperdument. Même pas mal ! Une retraite tactique de sa part a consisté à étouffer lamentablement l’affaire. Des amateurs à l’œuvre.

Hollande a laissé son ministre de l’Economie, Pierre Moscovici, s’arranger avec les gourmands éternels du CAC 40 et en a été récompensé par un poste de planqué à Bruxelles, comme Harlem Désir. Au fait que fait-il celui-là ? De la figuration sûrement. Hollande, fidèle à lui-même, a même pris soin d’annoncer la nouvelle dans un communiqué : « Il n’y aura pas de loi spécifique sur la gouvernance des entreprises. » Et hop, le tour est joué, l’objectif est atteint. La complicité cachée entre gouvernement et patronat donne lieu à des jeux de rôle parfaitement orchestrés. On nous prend pour des billes. On fait mine de s’étriper, la dernière blague étant que « la lune de miel entre gouvernement et patronat est terminée ». Hilarant ou à pleurer !

Ces rappels historiques détaillés montrent que le libéralisme forcené de François Hollande n’est pas né d’hier mais l’a toujours fortement animé et qu’il l’a dissimulé pour mieux nous tromper. Sa clique d’amis d’alors se retrouvent aujourd’hui avec lui aux postes clés d’aujourd’hui pour notre plus grand dam. Virage libéral ? Mon œil ! Hollande, toujours dans la ligne droite, pour le plus grand intérêt du grand capital et l’avenir du peuple qui s’assombrit. Un grand serviteur mais pas de ceux qu’il faudrait et qui l’ont élu, hélas ! Trahis, nous devrons encore patienter jusque la fin du quinquennat et ce n’est pas Sarkozy, autre manipulateur de génie, qui nous offre vraiment une alternative à ces mensonges à répétition. Nous ne pouvons nous tourner vers personne.

Algarath

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1 commentaire

  1. Byblos dit :

    Le système Friedman ne correspond absolument pas au libéralisme traditionnel. Celui-ci suppose une atomisation complète de l’offre et de la demande telles que tout sujet économique devrait pouvoir accéder soit à l’une ou à l’autre. Les plus anciennes lois anti-truste aux USA datent de 1890 et de 1914. C’est dire s’il s’agit de concepts bien établis.

    La première, le Sherman anti-trust act tend à limiter les comportements anti-concurrentiels des entreprises. La deuxième, le Clayton anti-Trust act interdit les concentrations d’entreprises.

    La véritable religion de Milton Friedman et de ses adeptes a conduit au capitalisme financier actuel et à la domination du capital financier sur l’ensemble de la vie économique et même politique de l’Occident. Avec toutes les destructions que l’on connaît… Et ce n’est pas fini.

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