Grèce : Comprendre l’ultimatum, et prédire la suite

eurogroupe-11359526oulrx_1713La Grèce a reçu un ultimatum pour se conformer aux injonctions de l’Eurogroupe d’ici Vendredi de cette semaine. Comment en est on arrivé là ce lundi ? Quelle est la suite probable ?

Du côté européen, deux lignes existent. L’une, défendue par le FMI et la BCE et présentée par Moscovici qui veut apparemment suffisamment négocier pour avoir présenté à Yanis Varoufakis une solution qu’il était prêt à signer. Cette solution, véritable concession accordée par Athènes aux Européens, prenait la forme d’une « prolongation » pour quatre mois de l’actuel programme. Les conditions étaient cependant différentes, notamment sur le respect de la souveraineté budgétaire du pays. Autrement dit, Athènes pouvait, sous conditions, commencer à appliquer son programme économique. Cette solution envisagée nous est rapportée par le Financial Time, et Yanis Varoufakis a confirmé qu’il l’aurait bel et bien signée en l’état.

Seulement voilà, alors que cette solution était envisageable par les deux parties, une proposition officielle différente a été exigée par l’Eurogroupe par la voix de Jeroen Dijssenbloem. Celui-ci a carrément retiré le projet de Moscovici pour le remplacer par un autre, tellement dur et inflexible que les Grecs ont rompu les négociations en le qualifiant « d’absurde » et en se plaignant qu’on les avait fait venir à Bruxelles pour rien. Le texte se contentait de promettre de la « flexibilité » contre une extension du programme existant dans toute sa force. C’était donc introduire à nouveau la troïka, que Yanis Varoufakis avait écartée devant les caméras. Des promesses, voilà la position telle qu’elle est envisagée par Bruxelles. Une telle position était évidemment inacceptable par les Grecs et le peuple n’aurait pas compris qu’on exigeait de lui la même chose qu’avant les élections, Syriza ou pas.

La ligne dure a prévalu pour le moment, incarnée par Wolfgang Schäuble par la voix de son disciple hollandais Jeroen Dijssenbloem. La propagande dans les journaux allemands a suivi. Qualifiant le gouvernement grec d’ « irresponsable », accusant « la puberté politique des dirigeants helléniques », qui refuseraient d’entrer dans « des discussions sérieuses ». La position actuelle est : acceptez l’existant ou partez !

Cette position, encore une fois, n’était pas celle du FMI, de la BCE et des Ministres des Finance de l’Eurogroupe, mais celle des Allemands et de Schäuble. Pour débloquer la situation, deux possibilités :

  1. Angela Merkel décide, au-dessus de Schäuble et revient à la solution initiale acceptable. Ces concessions inciteront d’autres gouvernements en Europe à demander l’équivalent. L’Eurogroupe perd.
  2. L’Eurogroupe s’entête, la Grèce refuse, se fait virer de l’Europe et sera finalement financée par les Russes et les Chinois. Tsipras vient d’être officiellement invité à Moscou par Poutine et à Pékin par le Président Chinois. Dans les mois qui viennent la contagion s’étend à d’autres pays de l’Europe, précipitant son déclin. L’Eurogroupe perd également.

Merkel est au centre du jeu semble-t-il, mais la vérité c’est qu’on peut s’attendre à ce que les Européens vont revenir à la position douce. C’est accepté et prévu depuis le début, pas encore acté, mais toute cette corrida n’était destinée qu’à ménager la susceptibilité de l’Union Européenne et continuer à la présenter comme inflexible et toute puissante. Un exercice de style sans fondement réel. En refusant tout compromis, on choisit délibérément la politique du pire, pour s’incliner dans les jours qui viennent. On passe par une rupture, tant il est vrai que c’est une étape inévitable dans toute négociation. Les apparences sont servies.

Si cet accord a de fortes chances de venir sur la table, il ne fixera pas le destin de la Grèce en Europe pour très longtemps. Des forces existent avec l’Eurasie, la Chine et les Russes, et maintenant 87 pays qui s’y sont raccrochés contre l’Europe, les USA et le dollar. Et la Grèce pourra toujours se défiler dans les mois qui suivront l’accord.

Il faut aussi rappeler la possibilité qui n’est pas à écarter que L’Allemagne veuille torpiller l’Europe pour en sortir, et déclencher sciemment des défauts des banques européennes via leurs dérivés, et cette stratégie passe par une destruction programmée avec la sortie préliminaire de la Grèce.

Ce n’est pas un vieillard inflexible qui joue son rôle de père fouettard dans une Allemagne sans concessions à qui sera laissé l’avenir du monde multipolaire. Ce serait faire trop d’honneur à Wolfgang Schäuble et au non-élu Dijssenbloem. Leur prestation à contre-sens d’une possibilité d’accord restera comme un épisode insignifiant, même s’il permettait à la Grèce d’aller voir ailleurs. Ou bien alors, il sert Merkel pour faire un pied de nez magistral à l’Amérique et planter les derniers clous dans le cercueil de l’Europe.

Ne craignons rien pour la Grèce. En dépit des apparences, trompeuses, tout va bien pour elle. On n’en dira pas autant de l’Europe.

Algarath

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