La Grèce et la moulinette de L’Eurogroupe

eurogroupe-luxembourgeois-jeanÇa fait penser au déroulement d’un match de judo, ce noble sport. Vous verrez de temps en temps l’arbitre se tourner vers un des combattants et lui mettre un ‘choui’ pour non-combativité, qui se matérialise par une moulinette de ses deux bras.

Ici, un arbitre pourrait mettre une belle moulinette à l’Eurogroupe. Tout ce qu’ils ont trouvé lors de la rencontre de lundi, c’est de réitérer leurs exigences à l’identique envers la Grèce. Les négociations n’ont pas avancé, en fait elles n’ont même pas commencé. Ça a avorté lamentablement pour non-combativité de l’Eurogroupe. L’entretien n’a rien donné, comme nous l’avions humblement prédit, ce qui n’est pas difficile.

En fait cette association de ministres des finances élus, sous la coupelle d’une Europe non-élue menée par Jeroen Dijsenbloom n’a aucune idée comment saisir le problème grec à bras le corps. Statu quo, on répète bêtement ses prétentions, et tant pis si ça ne fait pas avancer le bébé. Les Grecs sont venus pour rien. Pour rien avez vous dit ? Pas vraiment. Une moulinette à un adversaire, ça prouve qu’il est en position de faiblesse devant les Grecs, comme un lapin tétanisé devant une grosse bête qui va l’avaler.

Le budget hors dette de la Grèce est à l’équilibre, il est même légèrement bénéficiaire. Pour fonctionner Athènes a assez d’argent. Chose peu connue. Mais les Grecs manquent d’argent pour payer leurs dettes, pas pour vivre. Ça les met dans une position excellente. C’est aux autres de ramer. Après avoir renversé le rapport de force en tuant la Troïka et refusant les 7 milliards d’euros, Athènes a renversé le rapport de force, car s’ils sortent de la zone euro ce sera à la BCE de le décider. Appelé « le conducteur fou de l’Europe » par « Der Spiegel », Tsipras joue le jeu de la fermeté.

Sans accord, ce serait la sortie en catastrophe du pays de la zone euro. Suivie par une ruée probable d’autres pays. Avec un accord, les autres pays en voudront tout autant. Cruel dilemme pour les Européens, qui en conséquence sont confrontés à un choix de stratégie perdante des deux côtés. La vérole ou le choléra. Rien d’affriolant si ce n’est à réussir à faire plier les Grecs, mais là, c’est une autre histoire. Élus sur des promesses qui les engagent, les gens de Syriza du gouvernement grecs vont être difficiles à casser.

La pierre de touche de la politique européenne est l’irréversibilité de l’euro. Une « éjection » de la Grèce par la BCE : les partis « souverainistes » verraient leur hypothèse de base, la sortie de l’euro, validée comme possible. On connaît les partis qui, en France comme dans les autres pays, sont aux aguets. Athènes joue donc la politique du pire en sachant que les dirigeants européens ne prendront pas le risque du pire.

Comme on s’y attendait, les dirigeants ont trouvé un moyen de « kick the can down the road », gagner un peu de temps : fixer une nouvelle date butoir et ouvrir de vraies négociations, première réussite, mais d’envergure, du gouvernement grec, qui rend furieux les Schauble et consorts.

Une restructuration de la dette liée à de la croissance et des remboursement calculés en conséquence est nettement moins douloureuse pour eux qu’une sortie de la zone euro suivie d’un défaut unilatéral pour l’UE. Un chantage me direz vous ? Sûrement. Le FMI n’a t’il pas usé de ce seul stratagème depuis 6 ans, ce qui a poussé les Grecs au désespoir, avec les résultats qu’on connaît ? C’est sûr que quand on est l’arroseur arrosé ça n’est pas agréable.

Risquons nous à un autre pronostic, mais sans prédire quand les choses sérieuses commenceront. Plusieurs faux départs peuvent encore avoir lieu, mais il est certain que la Grèce ne faiblira pas.

Algarath

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