Grèce : Merkel sans intérêt, comme de bien entendu

merkel_tsiprasCeux qui espéraient que la visite de Tsipras à Merkel apporte quelque chose en sont pour leurs frais. Elle n’a servi à strictement rien, sur fond de sourires et de civilités. La détente n’a été que de surface, et les Grecs en sont là où ils étaient au lendemain des élections.

Première question à se poser dans une négociation : Pour qui joue le temps ? De toute évidence pour l’Euro Groupe, car chaque jour qui passe vide les caisses de la Grèce et l’amène au bord du gouffre. La Grèce n’a pour choix que de céder aux réformes voulues par les Européens, ou connaître la ruine dans les semaines qui suivent, incapables de payer leurs dépenses de fonctionnement.

Qu’un semblant de calme et de respect soit le seul point positif de la rencontre avec Merkel, c’est un fait mineur et sans importance. La Grèce a un besoin pressant de liquidités et ses créanciers européens attendent qu’elle se range à « leur » raison pour libérer les fonds. Merkel a renvoyé Tsipras dans ses buts, vers la Troïka, avec toute la fermeté voulue par l’Euro Groupe, enrobée dans une apparente attitude diplomatique de circonstance comme il est d’usage entre dirigeants.

Des deux côtés en présence, Grèce et Euro Groupe, c’est l’Europe qui marque des points pour le moment, et pas qu’un peu. Qu’Athènes propose enfin une liste de réformes conforme à ce que l’on entend par réformes chez les hauts fonctionnaires européens, c’est l’exigence de Bruxelles qui n’a pas varié d’un pouce. Ce qui importe pour Berlin comme pour Bruxelles, c’est avant tout de dissimuler cette stratégie du « nœud coulant » où l’on laisse le patient grec s’asphyxier de plus en plus jusqu’à ce qu’il accorde tout ce qu’on lui demande. Bruxelles va, fort ingénieusement, libérer deux milliards d’euros de « fonds inutilisés » qui vont être mis à la disposition de la Grèce par l’Union européenne, pour l’urgence humanitaire. Ça c’est pour donner un argument à Tsipras pour convaincre son électorat, et l’aider à faire passer les réformes exigées.

Les réformes que Syriza jugeait inacceptables le 27 Janvier pourraient avoir l’accord de Tsipras. Les créanciers de la Grèce vont conserver la maîtrise du temps. Ils vont défaire un peu le nœud coulant, puis recommencer à serrer. Avec toujours le même but : ne pas laisser d’initiatives à Athènes, notamment sur la renégociation de la dette dont on notera qu’il n’est plus guère question. L’enjeu pour Alexis Tsipras est désormais de faire passer ses reculs pour des victoires.

L’Eurogroupe et Bruxelles pourraient gagner si Syriza passe sous les fourches caudines et s’aplatit. Cela va ruiner la marge de manœuvre des partis proches de Syriza en Europe en prouvant qu’une victoire électorale ne permet pas réellement de renverser la vapeur et de mettre l’Europe en difficulté. Si cette phase des négociations oblige Tsipras à céder, cela hypothèque l’avenir des négociations, en se retrouvant dans une situation étroite de dépendance et en ayant fait aveu de faiblesse.

N’empêche qu’au final, passé les péripéties de ces négociations avec la Grèce, les pseudo « réformes » ne permettront pas de redresser réellement le pays et cette « victoire » sur Syriza ne découragera guère les électeurs des partis « populistes » dans d’autres pays, notamment ceux qui prônent des solutions plus radicales et qui, en réalité, se trouvent renforcés par l’autisme de l’Euro Groupe, dans leur idée que seule la rupture paie et qu’aucune autre voie dure n’existe réellement.

Le challenge de l’Europe est considérablement plus important que celui de la Grèce. Si Tsipras va à l’extrême il va gagner, mais le peuple grec est-il prêt à cela ?

Algarath

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