Grèce : Chapeau Tsipras !

GREECE-ECONOMY-MEDIA-RALLYOù qu’aillent nos sympathies et en restant parfaitement objectif, il faut souligner la façon remarquable qu’a Tsipras de mettre l’Euro Groupe en échec, qui devrait déboucher dans les jours qui viennent sur un mat, et ainsi une victoire grecque, donc de la démocratie, qui va gagner sa bataille sans merci sur l’élite autoproclamée de l’hégémonie. Une analyse de ce que fait Syriza, avec Tsipras et Varoufakis, souligne la stratégie efficace déployée par Athènes, qui conduira bientôt à une débâcle du côté européen. Ce sont les chasseurs qui se prennent du plomb dans le derrière tiré fort adroitement par la victime désignée. L’arroseur arrosé, plus précisément noyé sous la détermination d’un peuple et de ses nouveaux leaders de retrouver l’espoir après l’humiliation et l’austérité qui leur a été infligée par une Europe intransigeante.

Disons-le tout net, Tsipras a renversé la situation et s’avère un redoutable adversaire pour Angela Merkel et l’Euro Groupe, qui ont maintenant la pression de leur côté, un virage à 180 degrés. On se rapproche de la date cruciale du 9 avril, où l’Etat grec devra débourser 458 millions d’euros pour les verser au FMI. Syriza, et les Grecs, sont en position de force qui est celle, bien connue dans les négociations de ce type, du débiteur face à son créancier ; et où ce dernier doit accepter les conditions du premier ou risquer de tout perdre.

La situation semblait désespérée il y a encore quelques jours, lorsque Tsipras s’était rendu à Berlin. Voyage inutile au plan des négociations, mais ô combien important pour convaincre l’électeur Grec qu’en face on voulait sa peau dans les conditions d’avant les élections de Janvier. Évidemment le calcul de l’UE était que Syriza allait céder et accepter les conditions inchangées, d’une dureté sans concessions. Ces conditions sont politiques : c’est l’acceptation de réformes du marché du travail et des pensions qui sont loin d’être urgentes sur le plan économique, mais qui permettent d’annuler politiquement l’essentiel du programme et du message de Syriza, de les discréditer vis à vis des Grecs. Et aussi de faire un exemple retentissant envers les autres pays rétifs. Cette stratégie européenne se fondait sur une certitude : que la Grèce refuserait de renverser la table en faisant défaut ou en envisageant sa sortie de la zone euro.

Alexis Tsipras a temporisé, et a donné l’impression aux Européens qu’ils se renforçaient et allaient gagner, alors qu’en réalité, ils s’affaiblissaient. Plus le temps passait, plus les Grecs s’exaspéraient de l’attitude européenne, et plus Alexis Tsipras devenait populaire par sa capacité à ne pas céder.

Il a alors envoyé des messages clairs que, désormais, la rupture devenait possible. Le premier, c’est le renforcement des liens avec la Russie. Le deuxième message est encore plus direct : c’est celui que la Grèce préparerait désormais la rupture. Jeudi 2 avril, Reuters a publié une information officiellement démentie par Athènes comme quoi, lors de la réunion de travail de l’Eurogroupe du 1er avril, le représentant grec aurait informé ses partenaires que, faute d’un accord, la Grèce ne paierait pas le FMI le 9 avril. Le gouvernement hellénique prépare concrètement et activement la rupture, en envisageant de prendre le contrôle des banques et d’émettre des « lettres de créances » gouvernementales ayant valeur monétaire. C’est un signal sans équivoque, une première étape vers une sortie de la zone euro. Le temps ne joue plus pour les Européens.

Si les Européens poursuivent leur stratégie de « nœud coulant », ils risquent gros. Subitement donc, la situation des Européens est moins reluisante. Et le temps ne joue plus en leur faveur. Une prochaine réunion de travail avec l’Euro Groupe est prévue pour le 8 avril, deux jours après la visite d’Alexis Tsipras à Moscou et la veille de l’échéance du FMI. Les Européens devront alors désormais soigneusement peser les risques qu’ils acceptent de prendre, car Tsipras a gagné au jeu de « tu me tiens, je te tiens par la barbichette ».

Alexis Tsipras a fait preuve d’une intelligence stratégique de premier plan dans cette affaire, il a prouvé qu’il était un des rares dirigeants européens à pouvoir tenir tête à Angela Merkel. Ça nous change des ventres mous qui s’aplatissent et qui sont censés nous gouverner. La suite dans quelques jours, et si Tsipras a tenu bon jusqu’ici, la possibilité qu’il s’écroule et cède semble nulle.

Les Européens, Allemagne en tête, vont pouvoir méditer sur la règle numéro un dans une négociation, à savoir jusqu’où l’adversaire est prêt à aller, et aussi pour qui le temps travaille t’il. Sur ces deux points la Grèce marque le but décisif avant sa victoire, et l’hégémonie se prend une défaite humiliante. Faut-il répéter que nous sommes concernés, notre avenir l’est, et l’affrontement entre votes, démocratie et intérêt des peuples doit gagner sur l’ordo-finance. Les non-élus doivent ravaler leur superbe, la survie cahotante d’une Europe branlante devient infiniment compromise.

Algarath

email

1 commentaire

    Laissez un commentaire

     

    La modération des commentaires est activée. Votre commentaire peut prendre un certain temps avant d'apparaître.