Le défaut possible de la Grèce, et la naïveté des observateurs

grece05Vous ne trouverez pas dans cet article une quelconque réponse sur le défaut possible de la Grèce vis à vis des paiements de sa dette. Personne n’en sait rien, hormis ceux qui négocient du côté grec, et encore ça n’est pas sûr, parce tous les pions ne sont pas encore en place, et seuls les développements futurs nous le diront. Non, mais vous lirez des réflexions utiles et pleines de bon sens sur la naïveté et la candeur de ceux qui croient tout et prennent les déclarations qui s’y trouvent pour argent comptant quand ils lisent les medias et écoutent les hommes politiques. C’est l’éternelle histoire entre les opinions et les faits avérés. C’est aussi la différence, essentielle, entre les propos manipulateurs et les actions réelles.

Dans un communiqué, les services du Premier ministre Alexis Tsipras ont démenti des informations du Financial Times publiées lundi 13 avril. Le journal écrit qu’Athènes compte différer le paiement de 2,5 milliards d’euros de remboursements dus au Fonds Monétaire International (FMI) en mai et en juin si aucun arrangement n’est passé avec ses créanciers sur les réformes. Tsipras affirme : »La Grèce ne se prépare en rien à un quelconque défaut et il en va de même pour ses bailleurs de fonds. Les négociations progressent rapidement vers une solution satisfaisante pour tous. »

Difficile de dire qui ment. La Grèce lutte pour sa survie, l’Europe lutte pour sa survie, la cabale des hégémonistes et des banquiers-rentiers luttent pour leur domination ainsi que l’Amérique des néoconservateurs binationaux et de l’Administration de Washington, et ce n’est pas l’issue de parties de scrabble ou de morpion qui va décider. C’est le résultat de dizaines de parties de poker menteur et surtout de parties d’échec. Et Tsipras n’est pas le seul à la manœuvre, loin de là, car autrement il serait broyé depuis longtemps. Il y a les Russes et Poutine derrière, qui sait jouer prodigieusement bien aux échecs, qui veut disloquer l’Europe et l’Otan, et assurer son pipeline en Europe pour ses livraisons, en plus d’établir des bases militaires en Grèce avec des bateaux, des avions et tout le toutim. Il y a la Chine et ses milliards d’Euros, elle qui vient d’acquérir le port du Pirée et d’autres infrastructures pour sa Route de la Soie, projet grandiose qui mobilise tout ce que fait la Chine au plan économique, militaire et stratégique. Accessoirement les Russes et les Chinois ont acquis une partie des structures touristiques en Grèce, ce qui sera agréable pour leurs nationaux qui pourront s’y vautrer au soleil, déguster des olives et du poisson, et séduire les jolies Hellènes.

Les « négociateurs » de Bruxelles ont fort à faire et peuvent se faire du souci. Eux qui ne négocient rien, mais tiennent mordicus leurs positions sur l’austérité exigée, telle qu’avant les élections grecques de fin Janvier. Absolument tous les atouts sont du côté grec, appuyé, soutenu, conseillé, par les mains et les cerveaux stratèges de Moscou et de Pékin. L’Europe, et l’Amérique et la cabale des oligarques et des banquiers-rentiers ne fait pas le poids. En fait, ils jouent comme des manches. On peut imaginer qu’en son temps les Grecs montreront les cartes qu’ils ont en main.

Dans le cadre du plan d’aide international, Athènes a reçu au total 240 milliards d’euros de l’Union européenne et du FMI depuis 2010 mais n’a obtenu aucun versement depuis août dernier. Le Financial Times souligne qu’un défaut de la Grèce conduirait presque certainement à court terme à la suspension de la fourniture de liquidité d’urgence (ELA) par la Banque centrale européenne (BCE) à la Grèce, à la fermeture de banques grecques, au contrôle des changes et à une aggravation de l’instabilité économique.

Cette fameuse « instabilité économique » sera, à n’en pas douter, prise en compte par les alliés de la Grèce, la Russie et la Chine. Ils la neutraliseront à coups de contrats, d’aides diverses et d’une montagne d’argent frais. Pas parce qu’ils aiment les Grecs comme certains, mais parce que c’est leur intérêt.

Dans cette crise grecque, et par extension dans l’avenir annoncé des pays membres européens vis à vis de Bruxelles, ce qui prévaudra c’est la supériorité des antagonistes. D’un côté les Brics, SCO, Chine et Russie, de l’autre les tigres de papier, Europe, Amérique et cabale des banquiers-rentiers. Les paris sont ouverts, et ce qui semble être en surface n’est pas ce qui se trame en profondeur.

La morale de cette histoire c’est que dans un iceberg il y a la partie visible au-dessus de l’eau, soit 10% de la masse, et ce qui est sous l’eau, le reste, soit les 90%. Figurez vous que l’iceberg se trouve sous l’eau, invisible à l’œil nu. Les medias et les politiciens c’est pareil, ça parle de ce qui se voit, et qui n’est jamais la vérité. Ou si peu. Une raison pour s’en méfier et lire entre les lignes.

Algarath

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