Grèce : Le texte de Stratfor, très important.

stratfor.siLe lecteur Français a sans doute du mal à comprendre quel rôle prédominant les « think tanks » américains jouent dans la politique officielle des États-Unis. Parmi les « think tanks » qui influencent fortement celle-ci, Stratfor, créée en 1996 par George Friedman, est probablement le « think tank » le plus influent. Voici ce qu’ils publient le 30 Juin 2015 sur la Grèce. On peut quasiment dire que c’est l’opinion officielle de Washington. Le texte qui suit est la version française de l’article. Les anglophones pourront le consulter, le lien étant donné en fin d’article. Comme vous pourrez lire, Stratfor accable les Allemands, ce qui n’est pas faux :

La situation grecque semble en phase terminale. C’est une illusion, le point terminal a été atteint il y a longtemps. Ni les grecs ni les Allemands ne peuvent aller plus loin dans les concessions, le chômage est devenu trop important en Grèce. L’économie grecque est devenue souterraine. L’argent des Institutions, de la Troïka a servi à rembourser les banques et à stabiliser les banques européennes. Personne n’a jamais pu croire que les Grecs pourraient rembourser leurs dettes.

Les Allemands ne peuvent aller plus loin, leur pouvoir est réel, mais fragile. Ils ont besoin d’exporter le quart de leur production vers la zone euro, et tout cela menace leur stabilité interne. Les Allemands veulent maintenir l’euro intact, protéger leur zone de libre-échange et surtout les pouvoirs de Bruxelles sur l’économie européenne. L’Allemagne a évité la crise extrême en imposant à la Grèce des accords dont tout le monde savait qu’ils ne pouvaient être respectés, mais qui validaient la stratégie Allemande d’imposer l’austérité. Grace à cette stratégie l’Allemagne a réussi à contrôler les autres pays d’Europe, car ces pays fragiles se sont rendu compte de la folie qu’il y avait à refuser d’obéir à l’Union Européenne. La Grèce a servi d’exemple ou plutôt de contre-exemple.

La Grèce représentait une digue et on ne savait pas ce qu’il y avait derrière cette digue. La Grèce aurait pu se réorienter autrement, et si cela n’avait pas abouti au chaos, alors les autres pays européens auraient pu être tentés de suivre son exemple. L’Allemagne a fait semblant, pendant longtemps, pour éviter le défaut Grec, de croire que la Grèce remplissait les conditions exigées. La seconde option pour les Allemands était de donner à voir les conséquences terribles qui en découlaient si les Grecs ne jouaient pas le jeu. Les Allemands se sont servis de Chypre. Mais tout ce qu’ils ont réussi, c’est à précipiter le pays dans le chaos. Le gouvernement Cypriote était pro-Euro, il a obéi et cela a été un désastre. Le résultat a été le gel de l’économie Cypriote.

Les Allemands ont voulu montrer publiquement les conséquences d’un défaut et faire peur. L’expérience s’est retournée contre eux et les peuples européens ont compris que les responsables étaient leurs leaders politiques dès lors qu’ils obéissaient aux Allemands. Et ils en ont tiré la conclusion que le fait d’obéir ne garantissait rien de bien et que mieux valait préférer l’autre branche de l’alternative, c’est à dire se doter de leaders non obéissants, non complaisants. La punition pour désobéir était douloureuse, mais elle était finalement préférable. D’où la montée de Syriza et celle des autres partis eurosceptiques ces dernières années.

Le souvenir de ce qui est arrivé à Chypre, a joué un rôle dans la montée de Syriza. Ainsi que le comportement collaborationniste des partis pro-euros. Les Allemands ne sont pas habitués à traiter avec des partis qui ne sont pas pro-euro. Les partis pro-euro font semblant de protester pour donner le change à leur peuple, mais sur le fond, ils obéissent aux diktats Allemands. Syriza en particulier n ‘a pas joué ce jeu-là. Il a vraiment résisté, il n’a pas fait semblant. Syriza a imposé l’idée que les débiteurs ne sont pas seuls à porter la responsabilité de leurs dettes, mais que les créanciers aussi sont responsables et donc ils doivent partager la responsabilité morale et financière. Les créanciers n’ont pas fait les diligences normales et ils n’auraient pas dû prêter à ceux qui manifestement n’auraient jamais la capacité de rembourser.

Les banques ont été irresponsables en autorisant leur avidité à passer avant les diligences habituelles. Les Allemands ont manqué à leur devoir de supervision. L’histoire Grecque est une histoire de prêteurs irresponsables autant qu’une histoire d’emprunteurs irresponsables. Dans la pratique (et dans le passé) quand une dette ne peut être remboursée, le créancier est tenu pour responsable de ses décisions de prêter et quand le débiteur fait faillite, alors le créancier perd sa mise et le prêt est éteint.

En matière internationale pour les Etats-Nations, il n’y a aucune loi qui codifie tout cela et de toute façon aucun pouvoir pour le faire respecter. C’est ainsi donc qu’est née la situation dramatique Grecque. Les créanciers brutalement exigent avant toute chose d’être remboursés. Dans le cas de Chypre le gouvernement pro-euro a choisi de détruire son peuple et son pays et de faire du remboursement la première priorité. Dans le cas Grec, Syriza n’est pas prêt à faire la même chose. Et Syriza n’est pas prête semble-t-il à mentir pour repousser les échéances. Et attendre le grand jour des comptes.

Le retrait Grec de l’Eurozone est logique, il faudrait traverser une période difficile, mais ensuite, la Grèce discuterait avec l’Europe dans une meilleure position, sur un pied d’égalité. Après la sortie, les Grecs paieraient en Drachmes et la Banque Centrale de Grèce déterminerait elle-même la valeur de ce qu’elle peut payer en fixant la parité de la monnaie. La Grèce instaurerait un contrôle des changes, limitation des mouvements de capitaux et elle fixerait les règles des échanges extérieurs. Elle pourrait réorienter son commerce international.

Beaucoup craignent que la Grèce soit contagieuse et donne l’exemple de ce qu’il faut faire à d’autres pays. La Grèce sera un précédent. Même si on fait valoir que l’Espagne se porte mieux, la réalité est que la situation de l’Espagne ne s’améliore que marginalement. Ceux qui disent que les choses s’améliorent ne sont qu’un petit bruit alors que l’on entend le vacarme assourdissant du déraillement du train européen.

La peine des Grecs sera sévère, mais on peut considérer le cas Grec comme non pas une exception, mais une préfiguration de ce qui va se passer. Les souffrances provoquées par une restructuration unilatérale de la dette ont un sens si l’avenir ensuite est meilleur grâce à la souveraineté monétaire retrouvée. L’idée européenne que la paix dépend de la prospérité est peut être valable, mais cette prospérité a disparu. Si la création d’une civilisation européenne pacifique repose sur la nécessité de la prospérité, comme le disent les documents fondateurs de l’Europe, alors, l’Europe est en grande difficulté.

Les institutions européennes ont fonctionné comme agents collecteurs brutaux, agents de recouvrement, les peuples en ont eu la preuve lors de l’affaire de Chypre. Ils ont vu ce que cela donnait lorsque leurs gouvernements étaient complices et collaboraient avec Bruxelles. C’est ce qui explique que les partis eurosceptiques montent. L’Allemagne est menacée par la montée des sentiments anti-EU, c’est elle qui veut que les débiteurs paient le prix fort. Si la résistance reste limitée, confinée à la Grèce, alors l’Allemagne aura gagné, mais si comme c’est probable, elle se répand, les relations de l’Allemagne avec les autres pays, seront en danger.

Algarath

Voici le lien pour consulter l’article original, en anglais.

https://www.stratfor.com/weekly/beyond-greek-impasse

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